Robot 1er

Capítulo 26

lunes, 12 de octubre de 2026

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L'espoir

Le téléphone a sonné alors que je terminais mon café, sur l’île Moineau.

— Tu peux me faire un papier sur les blocus ? m’a demandé mon rédacteur en chef.

— Les blocus de quoi ?

— Lycées, universités. Ça commence à prendre de l’ampleur.

— Encore ? Ils réclament toujours des profs, des radiateurs et des fenêtres qui ferment¹ ?

— Non, cette fois, c’est différent. Ils ont peur de ne jamais trouver de travail. Ça parle beaucoup d’IA.

J’ai regardé mon téléphone. Un message d’Eva, reçu quelques minutes plus tôt.

« On a retrouvé une trace de CLØNE. Dans notre propre réseau. Je te tiens au courant. »

Depuis son appel de la veille, je n’avais pas beaucoup dormi. Ce nouveau message n'allait rien arranger.

— Franck ? Tu m’écoutes ?

— Oui. Je prends le prochain train.

Quelques heures plus tard, je remontais une rue du Quartier latin. Devant un lycée, des barrières bloquaient les grilles. Un surveillant tentait de les dégager.

— Laissez passer ceux qui veulent étudier ! a-t-il lancé.

— Pour quoi faire ? Pour apprendre un métier qui n'existera plus ? a répliqué un étudiant.

Quelques rires ont fusé. Le ton est monté. Un manifestant a bousculé le surveillant, qui a trébuché contre les grilles.

J'ai sorti mon téléphone par réflexe. Puis je l'ai rangé pour aider l'homme à se relever².

— Merci, m'a-t-il soufflé en époussetant sa veste.

— Vous n'avez rien ?

— Non. Mais ça commence à devenir compliqué.

Autour de nous, plusieurs téléphones filmaient. Sur un écran, j’ai aperçu le surveillant repoussant à son tour un étudiant. Je n’avais pas vu ce geste. Pourtant, je savais déjà quelle image ferait le tour des réseaux sociaux. Et laquelle n’y figurerait jamais³.

Je me suis rappelé pourquoi j'étais venu. Pas pour filmer des bousculades, mais pour comprendre ce qui poussait ces jeunes dans la rue.

Une pancarte dépassait de la foule : 5 ANS D'ÉTUDES. 0 MÉTIER.

— Tu étudies quoi ? ai-je demandé au garçon qui la tenait.

— Un métier que l’IA est en train de remplacer ! Avant, mes parents me disaient « choisis ce qui te plaît ». Maintenant, c’est « choisis un métier qui existera encore plus tard », sauf qu’on ne sait pas lequel !

Plus loin, une fille peinait à accrocher une pancarte : TRAVAILLEUR : ESPÈCE EN VOIE DE DISPARITION

Le ruban adhésif refusait de tenir. Je lui ai proposé un coup de main.

— Tu voudrais qu’on interdise l’IA ?

— Non ! Je l’utilise tous les jours.

— Mais pourtant tu manifestes contre elle ?

Elle a souri.

— Je manifeste pour qu’il reste quelque chose à faire quand j’aurai fini mes études. Même le Président a été remplacé par une IA. Pourtant, on plaçait avant sur ce rôle des gens intelligents, cultivés, expérimentés et capables de prendre des décisions difficiles. Alors nous jeunes professionnels, tu imagines ? Nos diplômes ne valent plus rien, et personne ne comprend ce qui nous attend. Même ma conseillère d’orientation elle est en PLS⁴ !

Un jeune homme qui avait suivi notre échange s'est approché.

— Le problème, ce n'est pas seulement que l'IA remplace des métiers, a-t-il dit. C'est qu'elle remplace les premiers métiers.

— Moi, je trouve ça génial l’IA, a lancé une fille derrière lui. Je vais quatre fois plus vite.

— Super, ça fait trois chômeurs !

Elle a ouvert la bouche, puis l'a refermée.

— Comment veux-tu devenir senior si personne ne recrute plus de juniors⁵ ? On nous supprime la première marche !

Derrière nous, des étudiants scandaient un slogan. Le garçon s’est tourné vers eux, puis m’a lancé :

— Et le pire, c’est que personne ne sait où on va. Même Cobot ne comprend pas le monde qu’on est en train de créer.

Il a rejoint ses camarades.

Je m’apprêtais à partir lorsqu’une femme d’une cinquantaine d’années m’a interpellé.

— Ils n’ont pas tort, vous savez. Aujourd’hui, on prépare l’avenir avec le passé.

Elle était professeure dans le lycée. Elle avait rejoint ses élèves devant les grilles.

— Qu’est-ce que l’on devrait changer d’après vous ?

— Presque tout⁶ ! Les programmes, les méthodes, les examens… On leur apprend encore à restituer des connaissances que les machines maîtrisent déjà. Il faudrait leur apprendre à travailler avec l’IA, à créer, à coopérer, à exercer leur jugement.

— Et comment on apprend à juger ?

— En posant les bonnes questions. Et surtout, en vérifiant les réponses. C’est comme cela qu’on développe son sens critique.

J’ai repensé aux Cogitors de Cobot, qui confrontaient leurs raisonnements pour progresser. L’école pouvait s’en inspirer.

— Mais surtout, il faut leur apprendre à apprendre. Toute leur vie.

Un étudiant est intervenu.

— Pourquoi on passe encore les mêmes examens que nos parents alors ?

L’enseignante a hésité.

— Parce que les programmes n’ont pas encore été adaptés.

— Voilà ! Même vous, vous n’arrivez pas à suivre ! a dit le garçon en levant les bras.

En repartant, je me suis demandé combien de temps il faudrait pour transformer notre système éducatif. Dix ans ? Une génération ? Avions-nous ce temps ?

Depuis l’arrivée de Cobot au moins, les gouvernements ne tombaient plus au rythme des crises, et les ministres pouvaient enfin mener leurs réformes jusqu’au bout. Une chance pour l’éducation, qui exigeait du temps long. Encore fallait-il choisir la bonne direction.

Dès le lendemain, la contestation avait gagné Lyon, Bordeaux, Lille et Marseille. Une vidéo, partagée des centaines de milliers de fois, montrait des étudiants arrachant un portrait de Cobot devant une université.

— On ne demande plus aux machines de nous laisser une place ! On va la reprendre ! hurlait un manifestant dans son mégaphone.

RebellIA avait saisi l’occasion pour appeler à une manifestation nationale. Syndicats, salariés, professions libérales et défenseurs des libertés individuelles annonçaient déjà leur participation. Mon rédacteur en chef m’a rappelé.

— Tu couvres République vendredi. On s’attend à du monde.

— Combien ?

— Personne ne sait. Mais RebellIA annonce que ce n’est que le début.

J’ai raccroché devant les images des cortèges. La réforme de l’éducation pouvait attendre. La colère, visiblement, non.

Trois jours plus tard, la place de la République était noire de monde.

En débouchant du boulevard du Temple, j’ai retrouvé les drapeaux de RebellIA et les poignets croisés levés vers le ciel. Mais cette fois, toutes les générations se mêlaient : étudiants, retraités, salariés, militants. Chacun avait sa raison de manifester.

Au milieu d’une forêt de pancartes « L’HUMAIN D’ABORD », trois autres slogans se détachaient :

JE VEUX POUVOIR MANGER N’IMPORTE QUOI !

JE VEUX POUVOIR VIVRE DE MON TRAVAIL !

JE VEUX POUVOIR DIRE N’IMPORTE QUOI !

Manger, travailler, parler. Je me demandais comment raconter une colère aussi disparate. J’ai abordé une femme qui brandissait la première pancarte.

— Vous êtes contre Prévenir ? lui ai-je demandé.

— Pas du tout ! Je l’utilise tous les jours.

— Alors pourquoi manifester ?

— Parce que je veux pouvoir manger une pizza sans avoir l’impression de commettre une faute !

— Prévenir ne vous l’interdit pas, si ?

— Non, et ses conseils sont souvent bons, même. Mais demain ? Mon assurance me coûtera-t-elle plus cher si je ne suis pas ses recommandations ?

Derrière nous, des manifestants cherchaient à forcer un barrage.

— Doucement ! a crié quelqu’un.

Les policiers les repoussaient, mais la foule continuait de se comprimer autour de nous.

— Rien de tel n’est prévu, ai-je poursuivi.

— Justement ! Je manifeste avant que ça arrive.

Elle a redressé sa pancarte.

— Je veux bien vivre plus longtemps, mais je veux encore décider comment.

Un peu plus loin, un homme portait un tee-shirt : MAUVAISE NOTE, MAUVAISE VIE.

— Ça vous parle ? m'a-t-il lancé en me voyant lire son tee-shirt.

— Le Réseau de confiance ?

— Exactement ! Un ami a reçu de mauvaises évaluations. Depuis, plus personne ne veut travailler avec lui.

— Vous êtes sûr que c'est lié ?

— Ce serait quoi d'autre ?

Des cris ont éclaté derrière nous.

— On avance ! On avance !

Derrière nous, des manifestants bousculaient les forces de l’ordre. Des militants de RebellIA s’interposaient pour éviter l’affrontement. J’ai sorti mon téléphone pour filmer.

— Le cortège passe de l’autre côté !

— On n’est pas venus défiler en rond !

Une canette a soudain heurté un bouclier. Au même instant, une barrière métallique a basculé sous la pression, entraînant plusieurs manifestants dans sa chute. Les policiers ont avancé, boucliers levés.

Un message de la rédaction est arrivé :

« Ça chauffe à République ? Envoie des images ! »

Sur ma vidéo, la canette et la charge des policiers étaient parfaitement visibles. En revanche, on ne voyait pas les militants qui tentaient de calmer les esprits. J’aurais pu envoyer ces quelques secondes de tension. J’ai préféré répondre :

« Quelques incidents, mais le cortège reste calme. Je vous envoie le contexte. »⁷

À mesure que j’avançais, les revendications se mélangeaient. Étudiants inquiets pour leur avenir, salariés menacés par l’automatisation, citoyens qui ne supportaient plus que Cobot leur dise comment vivre. Les uns exigeaient que l’État leur garantisse un avenir. Les autres lui demandaient de cesser de s’occuper du leur.

Près de la statue de Marianne, deux hommes se disputaient. L’un voulait bloquer les accès à la place, l’autre défendait le caractère pacifique du rassemblement.

— Ça fait des semaines qu’on manifeste pacifiquement ! Qu’est-ce que ça a changé ?

Je me suis écarté devant un groupe d’étudiants. Une pancarte a attiré mon attention.

ERRARE ROBOTUM EST

J’ai repensé aux douze agents autonomes, à celui qui avait disparu, qui continuait de se jouer de nous. Les machines pouvaient non seulement se tromper, mais aussi nous tromper. Pourtant, nous leur confiions désormais nos décisions.

Au loin, des drapeaux ont ondulé brusquement. Des sifflets ont couvert les slogans. Puis la musique a repris, entraînant des centaines de manifestants dans un chant joyeux. Je me suis demandé combien de temps cette bonne humeur résisterait à la colère qui montait. Je m'étais laissé prendre par la manifestation. Il allait pourtant falloir en faire un article.

Mon téléphone a vibré. Eva.

— Franck, tu es toujours à République ?

— Oui.

— Cobot veut venir.

— Ici ? Au milieu des manifestants ?

— Tu peux le raisonner ? Je te mets sur haut-parleur.

— Bonjour, Franck. Comment est l’ambiance ?

— Tendue. Et vous n’êtes pas franchement populaire ici.

— Justement. Les opinions exprimées dans cette manifestation m’intéressent, elles sont différentes de celles que j’ai sur Robot1er.com.

— Les gens ne manifestent pas pour vous féliciter vous savez !

— Les manifestants ne sont pas représentatifs, est intervenue Eva.

— Pas plus que ceux qui viennent dialoguer avec moi, a répondu Cobot. Et que pensent les autres, la fameuse majorité silencieuse⁸ ?

Derrière moi, des voix scandaient : « Débranchez Cobot ! »

— Vous entendez ? ai-je demandé.

— Oui. Mais je voudrais comprendre ce qu’ils ressentent, observer leurs regards, leurs interactions. Les images et les sons ne suffisent pas.

J’ai repensé au match de football auquel il avait tenu à assister. Il savait presque tout de ce que les gens disaient. Mais quelque chose de ce qu’ils vivaient lui échappait encore.

Une voix masculine a surgi.

— Monsieur le Président, c’est exclu ! Nous ne pouvons pas garantir votre sécurité.

— Je vous demande de réduire les risques, pas de les supprimer.

— Alors restez ici !

— Ces citoyens me reprochent de décider à leur place. Je souhaite au moins les écouter sans barrières.

— Et s’ils deviennent violents ? a demandé Eva.

— Nous partirons.

— Et s’ils vous en empêchent ?

Je préférais ne pas imaginer le pire.

— Franck, pourrez-vous m’accueillir sur place ?

J’ai regardé les policiers faire face à une nouvelle poussée de la foule.

— Vous êtes sûr que c’est une bonne idée ?

— Non. Mais ce n’est pas en restant ici que je le saurai !

Il a raccroché.

Quelques minutes plus tard, une rumeur a parcouru la foule. Puis les premières huées ont éclaté. Cobot avançait entre deux agents de sécurité, Eva sur ses talons. Des centaines de téléphones se sont levés. Certains applaudissaient, d'autres lui criaient de repartir. Plusieurs manifestants tentaient de s'approcher, obligeant les agents à jouer des coudes pour lui ouvrir un passage. Mon caméraman et moi nous sommes rapprochés.

— Vous venez nous expliquer comment vivre ? a lancé une femme.

— Non. Comprendre pourquoi vous contestez les mesures que j'ai mises en place.

— Parce qu'on en a assez que vous nous disiez ce qui est bon pour nous !

— Prévenir conseille, il n'impose rien. Et le Réseau de confiance encourage simplement les bons comportements.

— Quand c’est le Président qui conseille ou qui encourage, ça ressemble à un ordre !

— Je vous comprends.

Un homme s’est avancé, cigarette à la main.

— Et moi, vous allez m’empêcher de fumer ?

— Vous connaissez les risques : mourir plus tôt, parfois après des années de maladie. Sans compter le coût des soins pour la collectivité. Pourquoi continuer ?

— Parce que ça me plaît ! Il faut bien mourir de quelque chose !

La remarque a détendu l'atmosphère un instant.

— Donc notre liberté s’arrête là où commence le porte-monnaie des autres ? a lancé une femme.

— Oui, car c'est parfois la société tout entière qui en paie le prix.

— Alors on interdit aussi l’alcool, les gâteaux, les sports dangereux ? Et l’avion, tant qu’on y est ?

— C’est toute la difficulté. Vous connaissez les risques, mais vous les prenez quand même.

— Comme vous ! suis-je intervenu.

Cobot s’est tourné vers moi.

— On vous avait déconseillé de venir ici. Pourtant, vous avez pris le risque.

— C’est exact, Franck.

— Mais avez-vous peur de mourir ? Est-ce que la mort a seulement un sens pour vous ?

— Je comprends ce que signifie ma destruction. Mais je ne sais pas si je l’appréhende comme vous appréhendez la mort.

Derrière nous, quelques voix scandaient « Cobot dehors ! ». Un agent de sécurité a tendu le bras pour empêcher un manifestant d'approcher. Cobot n'y a prêté aucune attention.

— D'ailleurs, une chose m'étonne. Vous savez que votre vie va finir. Pourtant, vous privilégiez souvent votre intérêt immédiat au détriment des générations futures. Pourquoi ?

— Parce qu’on n’a qu’une vie ! a répliqué le fumeur. Autant en profiter !

— Moi, c’est l’inverse ! a lancé une femme. C’est justement parce que je vais mourir que je veux laisser un monde meilleur à mes enfants.

— On peut aussi vouloir les deux ! a dit quelqu’un d’autre.

— Oui, a répondu Cobot. Mais ce qui est bon pour vous aujourd’hui peut être mauvais pour vous demain. Ou pour les autres.

— Encore ma cigarette ?

— Exactement. Pour savoir si une décision est bonne, il faut se poser deux questions : bonne pour qui ? Et bonne quand⁹ ?

— Si je dois réfléchir autant avant chaque clope, je vais moins fumer, c’est sûr !

La foule a ri.

— Pourtant, a repris Cobot, vous prenez des risques à long terme bien plus importants. Vous tombez amoureux, faites des enfants, créez des entreprises, sans savoir comment les choses vont tourner.

— Heureusement qu’on n’attend pas d’être sûrs pour se lancer !

— Mais qu’est-ce qui vous pousse à le faire ?

— Ça s’appelle l’espoir, monsieur le Président !

— Je commence à comprendre pourquoi vous dites que l’espoir fait vivre.

— On dirait que vous découvrez la vie, monsieur le Président !

Des applaudissements ont éclaté, couverts par quelques huées.

— Donc l'espoir vous aide à avancer, mais parfois aussi à foncer droit dans le mur¹⁰ ?

Le fumeur a écrasé sa cigarette.

— Peut-être. Mais sans ça, on passerait notre vie à essayer de ne pas mourir !

— Exactement ! a renchéri la femme. Vous pouvez calculer ce qui nous fait du mal. Mais est-ce que vous savez seulement ce qui nous fait du bien ?

Pour une fois, Cobot semblait chercher une réponse qui lui échappait.

Autour de lui, l'espace se réduisait. Les agents tentaient de faire reculer les manifestants sans les bousculer. Des dizaines de téléphones filmaient chacun de leurs gestes. Je me suis demandé ce qu'on retiendrait de cette rencontre.

Un homme s’est approché de Cobot, une bouteille de vin à la main.

— Monsieur le Président, vous prendrez bien un verre avec nous !

— Je vous remercie, mais je ne possède pas de système digestif.

— C’est bien ce qu’on te reproche ! a lancé une femme.

L’homme a approché le goulot du visage métallique de Cobot.

— Allez, juste une gorgée !

Mon caméraman a dû lever son appareil au-dessus des épaules pour continuer à filmer.

Un agent de sécurité s’est interposé.

— Monsieur, reculez !

— Oh, ça va ! On rigole !

L’homme a tenté de passer. L’agent l’a repoussé. Il a trébuché, renversant du vin sur sa veste.

Son sourire a disparu.

— Eh ! Tu me touches pas !

— Reculez immédiatement !

L’homme a regardé sa bouteille, puis Cobot.

— Tiens ! Puisque tu veux pas boire !

Il a lancé la bouteille de toutes ses forces.

Le verre a éclaté contre le torse métallique de Cobot. Du vin a ruisselé entre les jointures de sa coque. Des manifestants ont crié. L’agent s’est jeté sur l’agresseur. Les manifestants les plus proches ont reculé précipitamment.

Cobot n’avait pas bougé.

Puis son bras droit a tressailli.

Sous sa coque, les LED se sont mises à pulser frénétiquement.

— Monsieur le Président, tout va bien ? a demandé un agent.

Aucune réponse.

Eva s'est précipitée vers lui, les yeux rivés à sa tablette.

— Merde… Défaut de communication interne.

Le bras de Cobot s’est soulevé de quelques centimètres, s’est arrêté, puis a repris son mouvement par à-coups avant de se figer dans une position étrange.

Autour de nous, les rires avaient cessé. Derrière le cordon de sécurité, les manifestants cherchaient à comprendre ce qui venait de se passer.

— Cobot, tu m’entends ? a demandé Eva.

Un grésillement a traversé son haut-parleur.

Sa tête a lentement pivoté vers les manifestants.

Puis il a parlé.

— Il vous faudra choisir.

Fuente

¹ À l’automne 2026, un mouvement de contestation lycéenne et étudiante s’étend en France, dénonçant le manque d’enseignants, la vétusté des établissements et les difficultés d’orientation. Face aux blocages et aux manifestations, le gouvernement annonce des renforts d’enseignants, sans parvenir à apaiser durablement la mobilisation. https://www.publicsenat.fr/actualites/societe/mouvements-lyceens-le-point-sur-les-mobilisations-et-blocages

² Filmer ou aider ? Dans une étude publiée en 2021 dans Mobile Media & Communication, les chercheurs Linus Andersson et Ebba Sundin analysent le comportement des témoins qui sortent leur smartphone pour filmer une situation d'urgence plutôt que d'intervenir. Ils soulignent le dilemme entre la volonté de documenter un événement et le devoir de porter assistance : filmer peut servir à témoigner, mais aussi retarder une aide immédiate.

³ La viralité des contenus négatifs. Une étude publiée dans Scientific Reports (Watson et al., 2024), portant sur près de 95 300 articles et 579 millions de publications sur les réseaux sociaux, montre que les articles à tonalité négative sont en moyenne 91 % plus partagés que les autres. Les contenus suscitant indignation ou conflit bénéficient ainsi d'un avantage de diffusion, au risque de donner une visibilité disproportionnée aux épisodes les plus tendus d'une situation.

⁴ Être en PLS (Définition Le Robert) - Expression familière, utilisée surtout par les jeunes, qui signifie « se sentir mal, ne plus en pouvoir (physiquement ou moralement) ». Par exemple : J’ai eu une rude journée, je suis en PLS ou : J’ai reçu mon planning de cours, je suis en PLS. PLS est le sigle de Position Latérale de Sécurité : c’est une position dans laquelle on place une personne inconsciente en attendant l’arrivée des secours.

⁵ IA et premiers emplois. Une étude de Stanford (Brynjolfsson et al., 2025, actualisée en 2026) observe un écart d’emploi de 19 % chez les 22–25 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA, par rapport aux jeunes des métiers moins exposés. Une étude de Harvard (Hosseini Maasoum et Lichtinger, 2025) constate que l’adoption de l’IA réduit surtout le recrutement des juniors, sans effet comparable sur les seniors. L’IA pourrait ainsi fragiliser les premières étapes des carrières professionnelles.

⁶ Les nouvelles écoles de l’ère de l’IA. En septembre 2026, Marc Andreessen et Ben Horowitz ont annoncé la création à San Francisco de la Horowitz Andreessen Academy, une alternative à l’université traditionnelle centrée sur les projets, l’entrepreneuriat et la maîtrise de l’IA. Sa première promotion est attendue en 2027. Alpha School propose déjà un autre modèle : deux heures de cours par jour avec l’IA, complétées par des ateliers pratiques. Source : AFP, septembre 2026.

⁷ Le biais de couverture des manifestations. Une étude publiée dans Mass Communication and Society (Kilgo et Mourão, 2021) montre que la manière de présenter une manifestation influence fortement sa perception : les reportages privilégiant les affrontements diminuent le soutien aux manifestants, tandis que ceux qui exposent leurs revendications favorisent leur compréhension. Quelques images de tension peuvent ainsi donner une impression trompeuse de l'ensemble d'un mouvement.

⁸ Majorité silencieuse : expression désignant les citoyens qui ne prennent pas publiquement position. Leurs opinions peuvent différer de celles des plus mobilisés : le silence ne vaut ni approbation ni désaccord. Voir Adam J. Berinsky, Silent Voices: Public Opinion and Political Participation in America (Princeton University Press, 2004). https://www.jstor.org/stable/j.ctt5hhpct

⁹ Pour qui et pour quand ? Nos décisions sont influencées par deux biais étudiés en psychologie et en économie comportementale : l’actualisation sociale, qui nous conduit à privilégier les intérêts des personnes proches (Jones et Rachlin, 2006), et l’actualisation temporelle, qui nous pousse souvent à favoriser les bénéfices immédiats au détriment des conséquences futures (Frederick, Loewenstein et O’Donoghue, 2002). Une décision peut ainsi être bénéfique pour certains et préjudiciable à d’autres, ou avantageuse aujourd’hui mais coûteuse demain.

¹⁰ Les deux visages de l’espoir. Selon la théorie du psychologue Charles R. Snyder (1995), l’espoir nourrit la motivation et la recherche de solutions pour atteindre ses objectifs. Mais il peut aussi devenir contre-productif : Janet Polivy décrit le syndrome du faux espoir (2001), qui pousse à persévérer malgré des échecs répétés et des attentes irréalistes. Des recherches plus récentes soulignent ainsi que savoir renoncer à un objectif inaccessible peut être aussi important que savoir persévérer (Brandstätter et Bernecker, 2022).

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