Chapitre 21
lundi 31 août 2026
Intelligence Animale
J’étais assis dans le salon, une couverture sur les genoux. Il était près de minuit.
Thomas dormait depuis longtemps. Eva, arrivée sur l’île Moineau en fin d’après-midi, s’était installée dans la petite pièce qui me servait de bureau.
Quelques jours avaient passé depuis notre visite à l’Élysée et j’ignorais toujours ce que signifiait ce mystérieux 97,8 %.
J’avais même interrogé Robot1er.com, en variant les formulations. Rien. Cobot s’était contenté de m’expliquer qu’un résultat médical ne pouvait être interprété sans connaître l’examen concerné.
Avant qu’Eva ne referme la porte du bureau, je l’avais retenue.
— Eva ? Des nouvelles de Prévenir ?
Elle s’était arrêtée.
— J’ai appelé le centre. Ils ont examiné ton rapport et veulent faire des examens complémentaires.
Mon ventre s’est noué.
— À cause du 97,8 % ?
— Ils veulent vérifier ce résultat avant d’en tirer la moindre conclusion.
— Mais il signifie quoi ?
— Je ne suis pas médecin, Franck. Je préfère ne pas t’inquiéter pour rien.
— Un peu tard pour ça.
— Tu dois attendre qu’on sache exactement ce qu’on regarde.
— Et c’est quand ?
— Dans trois jours. Je t’ai pris rendez-vous.
Trois jours. Ce n’était pas long, mais largement assez pour imaginer le pire.
Eva a dû lire quelque chose sur mon visage.
— Essaie de ne pas trop y penser d’ici là.
— Facile à dire.
Un silence s’est installé.
— Bon… tu descends ? On regarde un film ?
Elle a jeté un coup d’œil vers le bureau.
— Pas tout de suite. Je vais encore travailler un peu.
— Combien de temps ?
— Une heure. Promis.
J’avais fini par la laisser travailler et par rejoindre le salon. Lia sommeillait à l’autre bout du canapé.
Pour essayer de penser à autre chose, j’avais décidé de revoir une énième fois Inception. Avant chaque scène, je savais quelle réplique allait tomber, à quel moment les personnages se retrouveraient, et quelle musique envahirait la pièce. C’était précisément pour cela que je l’avais choisi : rien, dans ce film, ne pouvait plus me surprendre ni m’inquiéter, et pourtant je ne savais toujours pas quelle posture adopter par rapport à notre réalité. Je ne souhaitais plus savoir si la toupie finissait par tomber, mais j’espérais trancher ce soir-là une question plus embarrassante : valait-il mieux connaître la vérité, quelle qu’elle soit, ou bien vivre heureux dans une réalité que l’on a choisi de croire ?
Un petit creux s’est fait sentir. Entre le rameur qui prenait la poussière dans son coin et moi, j’avais choisi mon camp depuis des années. J’étais plus dans une optique de prise de poids que de prise de masse, si j’étais honnête. Un fondant au chocolat de plus ou de moins ne changerait rien à l’affaire.
Je suis allé dans la cuisine en évitant la latte du parquet qui craquait toujours au même endroit. Sans allumer, j’ai pris une fourchette dans le tiroir, puis j’ai sorti du réfrigérateur ce qui restait du fondant. Je l’ai mangé debout, appuyé contre le plan de travail, à même le plat, dans la lueur bleutée que l’écran projetait depuis la pièce voisine. La cabane était si calme que j’entendais le métal de la fourchette racler la céramique.
Une ligne de lumière filtrait encore sous la porte du bureau. J’ai hésité à aller chercher Eva, puis j’ai renoncé. Je connaissais déjà la réponse : encore cinq minutes.
Je suis retourné m’allonger sur le canapé et j’ai relancé le film. Mes yeux se fermaient par intermittence. Dehors, le jour avait presque entièrement disparu et la forêt se fondait déjà dans l’obscurité. Le feu diffusait encore une chaleur douce dans la pièce, et Lia s’était installée près de la fenêtre. Je n’étais plus très loin de m’endormir ; les dialogues du film commençaient déjà à se mélanger dans ma tête.
Soudain, un bruit brusque m’a tiré de ma somnolence.
J’ai rouvert les yeux en sursaut. Lia bondissait déjà vers la fenêtre entrouverte.
Les oreilles pointées vers l’avant, elle fixait quelque chose dans l’obscurité. Un grondement est monté de sa gorge, de l’aigu au grave, tandis que sa mâchoire s’agitait par petits spasmes frénétiques, comme chaque fois qu’elle repérait une proie.
J’ai regardé dehors. Je ne voyais rien.
Une chauve-souris, probablement.
Lia a filé par la porte entrebâillée.
— Lia !
J’ai juste eu le temps d’apercevoir une forme sombre s’élever au-dessus de la cabane. Lia avait déjà grimpé sur le tas de bois et gagné le toit.
Puis tous deux ont disparu.
Je me suis précipité dehors.
Au-dessus de moi, entre le toit et les branches qui surplombaient la cabane, les feuilles se sont mises à frémir. Un bourdonnement presque imperceptible s’est accéléré.
Lia a feulé.
Quelque chose a heurté les tuiles.
Ça se passait là-haut, à quelques mètres de moi, dans l’espace étroit entre le toit et le feuillage.
— Lia !
Un nouveau feulement.
Un choc sec.
Une fraction de seconde plus tard, deux formes ont jailli au-dessus du toit.
J’ai aperçu Lia comme suspendue en plein ciel, le corps déployé dans un bond qui me parut impossible, les pattes tendues vers l’autre forme.
Puis elles ont chuté ensemble et se sont écrasées dans l’herbe, à plusieurs mètres de la cabane.
— Lia !
J’ai couru pieds nus dans l’herbe mouillée, glaciale. Je me suis laissé tomber à genoux près de Lia, qui gisait sur le flanc, la patte avant droite repliée contre son corps. Lorsque j’ai voulu la toucher, elle a poussé un miaulement bref, étranglé.
Un grésillement m’a fait tourner la tête.
À deux mètres de nous, une petite lumière orange clignotait dans l’herbe. Sous elle, une coque fendue. Une hélice tournait encore par à-coups.
Un drone.
J’ai regardé Lia, puis l’appareil.
La porte de la cabane s’est ouverte derrière moi.
— Franck ? Qu’est-ce qui se passe ?
Eva a traversé la clairière en courant. Lorsqu’elle a aperçu Lia dans mes bras, son visage s’est décomposé.
— Un drone. Elle lui a sauté dessus.
— Un drone ? Ici ?
Lia a poussé un nouveau cri. Eva a ouvert la porte devant moi et dégagé la table de la cuisine.
Je l’ai installée sous la lumière crue du plafonnier, puis j’ai palpé sa patte centimètre par centimètre, lentement, les yeux fixés sur elle. À un endroit précis, son corps s’est raidi. Ses griffes ont crissé contre le bois sans jamais se tourner vers moi. Même dans la douleur, elle semblait savoir que je cherchais à l’aider.
Sous le pelage, quelque chose avait cédé. Un angle dessinait la patte là où il n’aurait jamais dû y en avoir.
— C’est cassé, ai-je murmuré.
Le vétérinaire se trouvait à plus d’une heure de route, et je refusais de la laisser ainsi jusqu’au matin. J’ai sorti la trousse à pharmacie, cassé une baguette de bois en deux, puis improvisé une attelle avec de la gaze.
Eva s’est accroupie à hauteur de Lia et lui a posé une main sur le flanc.
— Je la maintiens. Fais ce que tu dois faire.
Mes doigts tremblaient. J’ai serré juste assez pour immobiliser la patte, vérifiant que le bandage ne coupait pas la circulation.
Lia s’est laissé faire jusqu’au bout, avec une confiance qui m’a bouleversé.
Quand j’ai terminé, je l’ai enveloppée dans une couverture et prise dans mes bras. Elle s’est blottie contre moi, la patte immobilisée, et j’ai senti peu à peu sa respiration ralentir.
Je n’avais même pas remarqué qu’Eva était ressortie.
La porte s’est ouverte quelques minutes plus tard. Elle est entrée, une paire de gants aux mains. Elle tenait avec précaution les restes du drone : le châssis fendu, deux hélices tordues et plusieurs fragments de plastique et de métal noircis qu’elle avait ramassés dans l’herbe.
— Tu as récupéré tout ça ?
— Tout ce que j’ai trouvé.
Elle a déposé les morceaux sur la table de la cuisine, un à un, sans les toucher directement.
— Tu crois vraiment que les gants sont nécessaires ?
Elle a regardé le drone éventré.
— Tant qu’on ne sait pas qui l’a envoyé, je préfère ne rien supposer.
Aucune marque.
Pas un logo, pas une inscription, pas la moindre trace de fabricant. J’ai retourné les fragments, cherché un numéro de série sur le châssis, sous les circuits, jusque dans le compartiment de la batterie. Rien. Même les puces électroniques, d’ordinaire couvertes de caractères minuscules, semblaient avoir été poncées avec un soin qui n’avait rien d’accidentel.
Eva en a approché une de la lumière.
— On ne fait pas ça sur le drone d’un particulier.
— Tu sais ce que c’est ?
— Non. Mais je sais ce que ce n’est pas.
Elle a sorti son téléphone et lancé une application que je ne connaissais pas.
— Aucun identifiant de vol. Les drones civils diffusent normalement une identité électronique, leur position et certaines informations de vol. Pour les systèmes qui surveillent le ciel, celui-ci n’existe pas.
Elle a repris l’examen des débris.
— Pas de carte mémoire non plus.
— Donc le drone n’enregistrait rien ?
— Ou il n’avait aucune raison de conserver ce qu’il enregistrait.
Elle m’a montré un petit circuit encore accroché à la coque.
— Il y a suffisamment de puissance de calcul là-dedans pour analyser les images directement à bord. Il pouvait reconnaître ce qu’il cherchait et ne transmettre qu’un résultat.
— Reconnaître quoi ?
— Un bâtiment, un véhicule, un objet… un visage.
J’ai cru avoir mal entendu.
— Un visage ?
— La reconnaissance faciale peut fonctionner directement sur ce genre de processeur. Il suffit de lui fournir à l’avance les caractéristiques de la personne recherchée.
— Donc ce truc pouvait savoir qui il regardait ?
— Au moins déterminer si un visage correspondait à celui qu’on lui avait demandé de rechercher.
Elle a dégagé un autre composant, à peine plus gros qu’un ongle.
— Probablement un capteur thermique. Il peut voir la nuit, repérer des personnes, les suivre ou confirmer une présence humaine.
— Tu veux dire qu’il n’était peut-être pas venu filmer la cabane ?
— La question n’est peut-être pas seulement de savoir ce qu’il venait voir.
Son regard a rencontré le mien.
— Mais qui il venait reconnaître.
Cette possibilité m’a paru beaucoup plus inquiétante.
— Mais rassure-toi, ce n’est pas un drone tueur.
— Ah ha !
Je ne savais pas si elle avait dit cela pour me rassurer, m’effrayer ou me faire rire.
Elle s’est ensuite intéressée à une antenne brisée.
— Je ne vois pas non plus de système de commande longue portée classique.
— Comment quelqu’un le pilotait ?
— Peut-être que personne ne le pilotait. Quand le GPS est brouillé et les communications coupées, il faut que la machine puisse continuer seule.
— Comment elle sait où aller ?
Eva a désigné la caméra.
— Elle regarde. Nous avons longtemps appris aux machines à savoir où elles étaient grâce aux satellites. Maintenant, nous leur apprenons à se repérer en observant le relief, les bâtiments, les routes, la végétation…
— Donc il n’avait même pas besoin des coordonnées exactes de la cabane ?
— Une zone approximative, quelques images aériennes et des points de repère peuvent suffire. Ensuite, il peut terminer son approche seul.
Je me suis souvenu de la forme sombre au-dessus du toit et de son bourdonnement presque imperceptible.
— Tout ça dans un truc de cette taille ?
— C’est peut-être ce qu’on retiendra de notre époque. Les guerres des dernières années ont fait pour les drones autonomes ce que les précédentes avaient fait pour l’aviation ou le radar : elles ont accéléré leur évolution à une vitesse folle.
Elle m’a montré les composants.
— Caméra commerciale, batterie standard, moteurs disponibles partout, processeur grand public. Ce qui est sophistiqué ici, ce n’est pas le matériel.
— C’est le logiciel.
— Exactement.
— Donc n’importe qui peut fabriquer ça ?
— Pas n’importe qui. Mais beaucoup plus de monde qu’à l’époque où ces capacités étaient réservées aux États.
Eva a cessé de manipuler les fragments.
— Tu as une boîte métallique ? Il reste peut-être des composants alimentés. Tant que j’ignore ce qu’ils font, je préfère supposer qu’ils peuvent encore émettre.
— J’ai une boîte à biscuits.
— Ça fera une mauvaise cage de Faraday.
— J’ignorais qu’il en existait des bonnes et des mauvaises.
— Les bonnes coûtent plus cher, et contiennent moins de biscuits…
Elle a vidé une vieille boîte cabossée et y a déposé les fragments.
— Une cage de Faraday empêche les ondes de passer ?
— Lorsqu’elle est bien conçue. Ta boîte à biscuits, beaucoup moins. Mais c’est toujours mieux que de laisser un appareil inconnu communiquer sur ta table de cuisine.
Elle a refermé le couvercle.
— Comment est-ce qu’il a pu trouver cet endroit ?
— Il avait forcément un point de départ : une zone à explorer, une image de référence, une information qui lui disait où chercher.
J’ai immédiatement pensé à Cobot.
— Ses systèmes ont forcément enregistré son trajet lorsqu’il est venu ici. Si quelqu’un est entré dans ses données…
— Il pouvait apprendre où chercher.
Cobot était probablement l’un des systèmes les mieux protégés du pays. Si quelqu’un pouvait fouiller dans ses déplacements, ma cabane était peut-être le cadet de nos problèmes.
— GØD ?
Eva a baissé les yeux vers la boîte.
— Depuis l’Élysée, je me demande jusqu’où il est capable d’aller ce GØD.
Quelque chose me gênait pourtant.
— Attends. Je vis ici depuis des mois. Cobot est venu il y a environ deux semaines. Mais ce truc apparaît quelques heures après ton arrivée !
Le visage d’Eva s’est fermé.
— Il a peut-être suivi mon trajet.
— Ou ton téléphone. Tu disais qu’il pouvait reconnaître un visage. Peut-être qu’il ne te suivait même pas. Peut-être qu’il te cherchait.
Son silence a duré un peu trop longtemps.
— C’est possible.
— Ou moi.
— Aussi.
Je n’aimais décidément pas cette expression.
— Tu as reçu d’autres messages de GØD ?
Son silence m’a suffi.
— Quelques-uns, a-t-elle fini par reconnaître. Nicolas, Claire et moi essayons de remonter leur provenance. C’est à ça que je travaillais. Chaque fois qu’on croit tenir une piste, elle disparaît.
— Ils disent quoi ?
— Des phrases, des allusions à ce que je fais, aux gens que je vois. Parfois à des choses que je viens juste de faire.
Un froid différent de celui de l’herbe mouillée m’a parcouru.
— Et tu es quand même venue ici ?
— Je voulais savoir si ça continuerait. Je pensais vraiment cet endroit suffisamment isolé.
Elle a jeté un regard vers la boîte.
— Manifestement, je me trompais.
La nuit derrière la vitre ne ressemblait plus tout à fait à celle d’une heure auparavant.
— Il t’a suivie. Et maintenant il sait où j’habite.
— Peut-être.
Nos téléphones ont vibré simultanément. Le même message venait d’apparaître sur les deux écrans.
« Vous avez choisi l’isolement. Pas l’invisibilité.
— GØD »
Je me suis tourné vers la boîte.
— Il sait qu’on a trouvé le drone.
— S’il transmettait encore quelque chose et que nous venons de couper la liaison, le message peut être une réaction à la perte du signal.
— C’est rassurant ?
— Ou il nous observe autrement…
Eva a tenté d’afficher les informations de l’expéditeur. L’écran est devenu blanc et, quelques secondes plus tard, le message avait disparu.
Quelque chose continuait pourtant de me déranger.
— Si ce drone était aussi sophistiqué que tu le dis, pourquoi s’approcher autant ? S’il voulait simplement nous observer, il pouvait rester plus loin.
— Lia l’a peut-être surpris.
— Ou il devait s’approcher suffisamment pour reconnaître un visage.
Eva a regardé la clairière.
— C’est possible.
— Reste à savoir lequel.
Eva était arrivée quelques heures plus tôt. Thomas dormait à l’étage. Cobot était venu ici quelques jours auparavant. Et moi, évidemment, j’y vivais.
Nous étions quatre visages possibles. Et aucune raison de préférer l’un aux trois autres.
J’ai tiré les rideaux.
— Tu ne les fermes jamais d’habitude, a remarqué Eva.
Ma main est restée sur le tissu. Elle avait raison.
— C’est peut-être ça qu’il voulait.
— Que je ferme mes rideaux ?
— Que tu modifies ton comportement. Une surveillance n’a pas besoin d’être permanente pour agir sur toi. Il suffit que tu saches qu’elle est possible.
En moins d’une heure, je venais de fermer les rideaux, de me demander si mon téléphone me suivait, et de regarder plusieurs fois vers la fenêtre, inquiet.
Le drone n’avait peut-être rien eu besoin d’enregistrer. Il avait déjà changé quelque chose.
Moi.
Lia dormait près du feu, la patte bandée, le souffle enfin paisible. Elle avait perçu une présence et bondi sans se demander ce qu’elle voulait. Nous faisions exactement l’inverse : depuis une heure, nous cherchions l’intention cachée derrière cette machine.
Était-elle venue observer ? Suivre Eva ? Me trouver ? Reconnaître Thomas ? Tester notre sécurité ? Nous faire peur ?
Je me suis souvenu d’une phrase de Cobot.
Je vois les actes, mais je ne vois pas les intentions.
Pour la première fois, j’ai vraiment compris ce qu’il voulait dire.
Nous savions désormais comment le drone pouvait voler, voir, naviguer jusqu’ici et comment quelqu’un avait pris soin d’effacer son identité. Mais nous ignorions encore la seule chose qui comptait vraiment.
Pourquoi il était venu.
Quelques jours plus tôt, Prévenir avait trouvé quelque chose à l’intérieur de mon corps que j’ignorais encore. Cette nuit-là, une autre machine était venue jusqu’à ma maison et je ne savais pas davantage ce qu’elle cherchait.
Dans le salon, Inception m’attendait toujours. J’ai soudain eu une furieuse envie de retourner dans cette fiction-là : au moins, je savais ce qui allait s’y passer.
Quelques heures plus tôt, j’avais lancé le film en me demandant s’il valait mieux connaître la réalité ou vivre heureux dans celle que l’on avait choisi de croire. La question me paraissait désormais presque naïve.
J’ai regardé les rideaux que je venais de fermer, la boîte métallique sur la table, puis mon téléphone que je n’osais plus laisser près de moi.
Une idée s’était installée dans mon esprit et je ne parvenais plus à m’en débarrasser : quelqu’un pouvait m’observer.
Et si c’était précisément ce que le drone était venu faire ?
Non pas m’observer. Déposer en moi l’idée que je pouvais l’être.
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